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Histoire de la BD africaine: DessinateurT.T.Fons: Le père de GoorgoorluPlébiscité par un large public constitué d'adultes et de jeunes, la série télévisée Goorgoorlu continu de remplir les familles sénégalaises et bien d'autres de joie et de rires transformant ainsi tristesse et solitude pour le bien de tous. Au début sous forme de BD, le succès qu'a eu Goorgoorlu fut à l'origine de son adaptation au petit écran. Si Goorgoorlu vous fascine aujourd'hui connaissez vous au moins le créateur de ce personnage? A travers cet entretien qu'il a bien voulu nous accorder, découvrez T.T.Fons, le père de Goorgoorlu.
Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs, qui êtes vous? Je m'appelle Alphonse Mendy. Je suis âgé de 48 ans. Je suis un manjaku du village de Biapar mais né à Dakar de père et de mère manjaku. J'ai vu le jour à Grand Dakar mais j'ai grandi à Pikine, où je vis toujours et me plais bien.Vous êtes un des premiers journalistes caricaturistes manjakus, quelle a été votre motivation et comment avez vous atterri dans cette profession? En effet, j'ai embrassé la profession de journaliste caricaturiste depuis 1982. Au début j'avoue que je n'avais pas une motivation particulière sinon de gagner ma vie par la sueur de mon front. Mais une fois devenu professionnel j'ai compris que c'était ça ma voie. L'appel du destin comme je le dis souvent. Ce destin qui m'a fait participer en 1982 à ce concours de recrutement de caricaturiste et dont je suis sorti premier lauréat. Le travail de dessinateur de presse est un travail exaltant. Il est fait de création permanente. Il faut noter au passage que les journalistes caricaturistes ne sont pas très nombreux au Sénégal.On vous connaît sous le pseudonyme de TT.FONS, pourquoi vous signez vos œuvres sous cette acronyme. Les artistes en général ont leurs petits caprices. Signer ses œuvres sous un pseudonyme fait sûrement partie de ces caprices. Cependant signer sous un pseudonyme contribue à une meilleure identification et de l'artiste et de son style. C'est ainsi que dès le début j'ai adopté l'acronyme T.T.Fons pour signer mes œuvres.Vous êtes auteur d'une dizaine de bandes dessinées et aujourd'hui Goorgoorlu est adapté au petit écran, pensez vous être investi d'une mission particulière ? Moi investi d'une mission particulière ? et par qui ? Non je ne pense pas. Je fais mon travail de caricaturiste ou si vous voulez de dessinateur politique comme le tailleur ou l'enseignant chacun en ce qui le concerne fait son travail. Seulement chaque profession ayant ses spécificités et ses particularités, certaines réalisations sont beaucoup plus visibles que d'autres. Sinon chacun peut être prophète dans son domaine d'activité.TT. FONS qu'est ce qui fait votre succès? Je ne saurai trop parler de moi. Je laisse le public apprécier ce que je fais. Mais je peux dire que si Goorgoorlou a du succès surtout depuis son apparition à la télévision, c'est parce qu'en amont un travail immense a été abattu. Ce travail continue car je continue d'écrire de nouvelles histoires de Goorgoorlou pour la télévision.Quelles sont les difficultés auxquelles vous avez eu à faire face pour éditer et produire vos œuvres? La difficulté majeure pour éditer un album de Goorgoorlou c'est les moyens financiers. Ce n'était pas toujours évident de trouver au moins 3 millions pour faire face aux coûts d'impression. Mais par le travail et la persévérance nous y sommes arrivés chaque fois. Dieu merci. Nous avons édité une dizaine d'albums qui sont en vente permanente dans certaines librairies.
Quels sont vos thèmes de prédilection et les messages que vous véhiculez à travers vos productions? Je n'ai pas de thème de prédilection sinon un thème général qui est le vécu quotidien des sénégalais. Dans ce thème on trouve tout. Je parle de la vie en général sans chercher à faire des commentaires ni de faire passer des messages. Ceci n'est point mon rôle. Comme caricaturiste j'observe ma société et je restitue sous forme de caricature le fruit de mes observations. J'agis plutôt comme un miroir déformant. C'est aux lecteurs d'en tirer les leçons. Goorgoorlou au fil des histoires est devenu, non plus le prototype du sénégalais moyen, mais du sénégalais tout court.Pouvez-vous nous rappeler les titres de vos productions? Et laquelle d'entre elles vous donne le plus de satisfaction? L'essentiel de la production Goorgoorlou se trouve dans 9 albums dont les titres sont : • GOORGOORLOU pour la dépense quotidienne ( 1991) • GOORGOORLOU et Serigne Maramokho Guissané ( 1992)• 1993, l'année GOORGOORLOU ( 1994) • GOORGOORLOU et la dévaluation ( 1995)• GOORGOORLOU, la fin du PAS ( 1997) • GOORGOORLOU survivant de la dévaluation ( 1999)• GOORGOORLOU : Le cauchemar ( 1999) • GOORGOORLOU : Les années hip ( 2001)• GOORGOORLOU : Les années hop ( 2001) Difficile de dire laquelle des productions m'a satisfait le plus. Chaque album est un recueil d'histoires. Quand même la sortie du premier album m'a beaucoup marqué. L'accueil que lui a réservé le public m'a donné le courage d'éditer les autres.La ligne éditoriale de vos oeuvres porte une marque de satire sociale, à qui s'adressent ces critiques? Goorgoorlou , c'est vrai est une satire sociale que j'ai créée à côté des dessins politiques que je faisais à l'époque dans « Le Cafard libéré » pour les lecteurs de ce journal satirique. Il est devenu des années plus tard (15 ans) une série télévisée très prisée au Sénégal et ailleurs.les personnages imaginaires que vous avez créés font aujourd'hui l'actualité, quelle appréciation faites vous de leur prestation? L'adaptation télévisée de la BD Goorgoorlou a permis à bon nombre de pères de famille d'assurer leur propre dépense quotidienne (DQ) pendant les semaines que dure le tournage de la série et même après. La série a rendu célèbres les artistes et comédiens qui incarnent les différents rôles dans les sketches. Je m'en félicite. Cela constitue une source de motivation supplémentaire pour l'auteur que je suis. Je déplore seulement que les droits d'auteur soient le plus souvent ignorés dans certaines prestations.
La bande dessinée compte parmi les moyens de communication les plus dynamiques, envisagez-vous d'initier la jeune génération à cet art? Oui, je ne cesse d'encourager les jeunes à développer leur talent de dessinateur. Mais le moyen d'aider un dessinateur, c'est de lui donner la possibilité d'exercer son talent à travers un support. Voilà pourquoi en novembre 2002 j'ai lancé le journal « GOOR mag », un magazine de bd et de la culture. Malheureusement par défaut de soutien financier, j'ai arrêté sa parution au 9 ème numéro.L'univers culturel africain et spécifiquement celui des manjaku est favorable à l'art, avez vous déjà exploré ce créneau? J'avoue que dans mes différentes créations je n'ai pas encore beaucoup exploré la culture manjaku. Ce n'est sûrement pas l'envie qui me manque.Connaissez-vous la culture manjaku? Quelles sont les pratiques qui vous ont le plus marqué? Certes je suis un manjaku né à Dakar mais je connaîs bien ma culture qui est très riche. J'ai eu la chance d'avoir grandi dans une maison où j'ai beaucoup bénéficié de l'apport des parents qui arrivaient tout fraîchement des villages de la Casamance ou de la Guinée Bissau. Ces différents contacts m'ont beaucoup apporté.Le manjaku est très solidaire. Il a un sens très élevé de la famille. Ce qui le traduit le mieux je pense est l'expression wolof « Xexu njaago du jeex ». Ce qui m'a le plus marqué dans les pratiques de la culture, est mon passage dans le bois sacré lors des cérémonies d'initiation de mon village Biapar en 1985. J'en suis ressorti ragaillardi. Le manjaku est devenu au Sénégal une langue codifiée, pensez vous traduire "goorgoorlu" dans votre langue maternelle pour promouvoir l'environnement lettré manjaku?Je suis fier de savoir que le manjaku est maintenant une langue codifiée. J'ai entrepris des démarches il y a de cela quelques années au niveau de la Direction chargée des langues nationales pour que Goorgoorlou soit traduit dans toutes les langues nationales du Sénégal. Bien avant la codification du manjaku. Alors pourquoi pas dans ma propre langue maternelle. Ceci ne devrait pas être l'affaire du seul auteur mais celle de tous. Une chose est de codifier une langue une autre est de mettre à la disposition des apprenants des outils pour la pratique régulière et permanente de cette langue. La BD s'y prête bien. Menez vous des activités dans votre association villageoise? Et quel message lancez vous à la diaspora manjaku?Très jeune j'ai commencé à fréquenté les différentes rencontres manjaku notamment les réunions de famille et de village. Les manjakus doivent unir leurs efforts pour développer la culture manjaku. Les jeunes et plus particulièrement les intellectuels manjakus doivent aller à la découverte de leur culture voire de leurs origines. L'homme n'est rien sans sa culture. La mondialisation bouffera tous ceux qui n'auront pas comme bouclier leur culture. |

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