Histoire de la BD africaine 5

Histoire de la BD africaine: Madagascar 1/2

27 Juin 2005 : DIDIER MADA BD, Bédéiste malgache auteur des Bd "IMBOA", "NAMPOINA" et président de l'association de dessinateurs de bande dessinée de Madagascar " MADA BD kolontsaina " répond aux question de Sobika.com.

"Nous sommes le premier pays africain à avoir été représenté au Salon international de la BD d'Angoulême."

Bonjour Didier et bienvenue sur Sobika.com. Question classique de début d'interview : Peux tu te présenter aux lecteurs ?

Bonjour à tous les lecteurs de la sobika. Je suis un dessinateur de bande dessinée, artiste peintre, illustrateur malgache et président de l'association de dessinateurs de bande dessinée de Madagascar " MADA BD kolontsaina ", je m'appelle Didier Hariniaina Ramamonjiarisoa RANDRIAMANANTENA et mon nom d'artiste est Didier Mada BD.

Depuis quand fais tu de la BD et comment es tu tombé dans ce monde bien particulier ?

Ma relation avec la BD a commençé depuis que je sais lire et écrire. Je suis très passionné de la BD depuis tout petit. Mon père aimait bien lire la BD et il achetait beaucoup d'albums, et çà a été une influence pour moi. Du coup , je lui posais des questions sur sa fabrication : les personnages, les paysages etc … Puis j'ai commençé à copier au début. L'influence venait aussi peut être de mon grand père RAMANAKAMONJY qui était un grand peintre malgache. Ses oeuvres m'impressionnait.

Après l'obtention du baccalauréat en 1988, je me suis inscris à l'université d'Antananarivo en Physique Chimie et parallèlement à mes études j'ai continué à étudier en autodidacte la bande dessinée. A ce moment, j'ai eu beaucoup de commandes de portraits, des illustrations, des peintures, et j'étais même caricaturiste consultant au journal MADA et à la Revue de l'océan indien. Je sentais alors que mon destin se dirigeait dans l'art plastique. En 1991, j'ai décidé d'approfondir mes connaissances sur la Bande dessinée au Cercle Germano malgache et à la fin de mes études j'ai eu un prix très excellent et un certificat. A partir de là j'ai fait des relations avec les bédéistes malgaches locaux en mars 1993 nous avons fondé l'association de dessinateurs de bande dessinée de Madagascar " Mada BD " que je préside actuellement. Notre but à l'époque était de relancer la Bande dessinée malgache qui était en déclin en 1990. Depuis 1993, j'ai organisé des expositions chaque année à Madagascar et tous les bédéistes locales, plus connu participaient à toutes les expositions. Grâce à toutes les activités que nous avons fait, le Directeur du centre Culturel Albert Camus, Bernard BANOS ROBLESSE a vu les talents de dessinateurs malgaches et a fait venir des bédéistes étrangers. Après un bédéistes français Christian Cailleaux est venu pour nous former au CCAC et puis le directeur littéraire chez DARGAUD Guy VIDAL est arrivé. Nous avons monté ensemble des projets, j'ai alors proposé de réaliser un album collectif de dessinateurs de bande dessinée malgaches " SARY GASY " et aussi de nous faire représenteravec cet album à des festivals internationaux, et ils ont accepté. J'était représentant de Madagascar à la 2 ème journée africaine de la BD en 1999 à Libreville (Gabon), au 27 ème salon international de la BD d'ANGOULÊME en janvier 2000, au centre belge de la Bande dessinée à BRUXELLE en 2003 et au festival de BD DAMPARIS en Mai 2005. Le directeur du Musée de la BD d'Angoulême m'a demandé de déposer les deux albums collectifs malgaches " SARY GASY " et " MADA BEDE, ny lasa no miantoka ny ho avy " à son Musée. Ces deux albums sont la première BD Africaine déposée au Musée d'Angoulême. Depuis cette rencontre internationale, j'ai pu faire connaissance avec des bédéistes français, belges, Africains, j'ai rencontré les plus célèbres comme Jean GIRAUD alias Moebius, créateur de Blueberry ; Frank GIROUD, créateur de décalogue ; Barly BARUTI, créateur de MANDRIL ; DESORGHER ; André CHERET, créateur de RAHAN ; P'TIT Luc, JANO, François VELHMAN, PLANTU, WOLONSKI, etc…..Depuis cette rencontre ,je suis reconnu par les dessinateurs étrangers et quelques publics, lecteurs et journalistes étrangers. J'en ai profité pour améliorer les contacts et le perfectionnement de mes travaux.

Merci pour cette longue précision. Comment définis tu ton style ? De quels auteurs te sens tu proches ?

Avant je faisais tous les styles : caricature, semi réaliste, réaliste, mais après j'ai décidé de spécialiser sur le style REALISTE. J'ai choisi le genre historique pour le moment parce que je pense qu'il faut exploiter l'identité malgache à partir de la Bande dessinée. Au niveau du dessin, j'aime tous les styles réalistes franco-belges, Italien et pour le scénario, j'apprécie beaucoup CHARLIER ( Ndlr Blueberry ) VAN HAMME ( Ndlr XIII, Largo Winch) , HERGE (Ndlr, Tintin bien sûr ) et COTHIAS.

On reproche souvent a la Bédé gasy un manque dans l'écriture, les scénarios, parfois trop kung fu-guerre-commando comme dans les publications des années 80 . Es tu d'accord avec cela ? La bédé malgache évolue t elle dans ses inspirations ?

Je suis d'accord avec vous et il faut avouer, le principal problème de la BD Malgache est la rareté des scénaristes, et cela malgré la richesse des sujets qu'on peut explorer à Madagascar. Pour en citer un, l'Histoire de l'Ile par exemple, sur laquelle je travaille actuellement. Cette Histoire de l'Ile fait ressortir aussi les différentes communications et relations socio-culturelles avec le reste du monde. Mais malgré le manque du scénariste à Madagascar, je trouve que dans l'histoire de la bande dessinée malgache, beaucoup des dessinateurs ont fait un effort pour sortir l'identité malgache. La preuve : la première bande dessinée malgache apparue en 1961 est une bd historique sur Madagascar intitulée " OMBALAHIMASO ", dessiné par RAMAMONJISOA Jean d'après le scénario de Père RAHAJARIZAFY, elle relate la vie du roi ANDRIANAMPOINIMERINA, mais présente des lacunes sur la documentation vestimentaire, les coiffures etc. Des années 1970, XHY ET MA ont publié aussi une BD purement malgache intitulée BESORONGOLA. Il y avait aussi le premier album cartonné malgache s'appelait " HERY " relatant succinctement l'histoire de l'île, dessiné et scénarisé par un bédéiste français Michel FAURE. En 1980, on n'oublie pas aussi le magazine FARARANO gazety où l'on trouve notamment l'origine du peuplement malgache (RAKOTOMALALA) et bien d'autres avec des articles culturels.

Depuis 1980, c'est l'âge d'or de la BD malgache. Les dessinateurs sont libres de leurs inspirations, on voit tout de suite les influences de la BD européenne, et aussi l'influence de la BD Japonaise MANGA.

Tu n'es pas a Tana pour Gasy Bulles ( Festival de Bd Malagasy ) ? Quelle est ton actualité ?

Non, je ne suis pas à Tana pour le Gasy Bulles mais mes œuvres sont exposés là-bas. Je prépare actuellement la suite de mes bandes dessinées IMBOA, NAMPOINA et aussi je travaille sur un projet à long terme sur la BD avec l'association L'AFRIQUE DESSINEE et l'association MADA BD.

Tu as récemment gagné un prix international. Comment les vazahas, qui sont un peu les pères de la BD, jugent ils tes travaux ?

En 2003, j'ai reçu un prix spécial au concours international sur la bande dessinée africaine organisé par l'Association Africa e mediterraneo Italie et qui m'a permis de publier plusieurs albums de BD en Europe. Le premier tome de ces albums solo vient de publier officiellement en mois de mai pendant le festival de BD à DAMPARIS le 21-22 mai 2005. Cet album est intitulé IMBOA " Le roi et Ifara " édité en Italie par LAI MOMO et distribué et diffusé également en Italie, France et Afrique. Une Bande dessinée historique et conte fantastique sur Madagascar, en quadrichromie et sur 32 pages. Normalement la suite de IMBOA est prévue en juin 2006. Les étrangers ont bien impressionné mes œuvres surtout ceux qui ont déjà passé à Madagascar. Mais pour les bédéistes professionnels Européens, ils ont dit que ma BD est très dynamique surtout au niveau du découpage et des couleurs.

La bédé malgache trouve t elle son public ? Y a t il un marché pour les publications ?

C'est difficile à dire, mais le public malgache n'aime pas lire en général par rapport au public Européen surtout depuis 1990. Je pense que c'est à cause du pouvoir d'achat très bas. Mais il existe quand même un marché qu'on peut exploiter. La preuve, le journal NGAH qui arrive à vendre à peu près 20 000 exemplaires par semaine mais en malgache, d'après le dessinateur RA-LERY qui a travaillé dans ce journal. Et le journal FAKA qui publie la BD BENANDRO marche très bien. La bande dessinée historique aussi a un public, toutes les BD que mon association ont publié sont épuisées.

Hallain Paluku/>